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Repenser la formation en entreprise : du LMS à une infrastructure de performance

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Jusqu’à récemment, la formation en entreprise reposait sur un modèle relativement stable : une plateforme centralisée, des contenus standardisés, et des parcours suivis à intervalles réguliers. Ce modèle, incarné par les LMS et les LXP, a permis d’industrialiser la formation à grande échelle.

Mais l’écart entre les investissements consentis et l’impact réel devient difficile à ignorer. Les taux d’engagement restent faibles, la rétention des connaissances limitée, et la formation demeure souvent déconnectée des situations opérationnelles. Dans les faits, la stack learning actuelle remplit davantage une fonction administrative qu’un rôle stratégique.

C’est précisément ce décalage qu’une nouvelle génération d’acteurs cherche aujourd’hui à combler, en s’inscrivant dans un mouvement plus large : le passage du logiciel comme destination au logiciel intégré dans le flux de travail.

De la plateforme au flux : un changement de distribution

Le premier basculement concerne la manière dont la formation est distribuée.

Historiquement, elle repose sur une logique de plateforme : l’utilisateur doit se connecter, naviguer, puis consommer du contenu. Ce modèle suppose une intention préalable et une discipline individuelle difficile à maintenir dans des environnements de travail fragmentés.

Une approche différente émerge désormais, consistant à intégrer la formation directement dans les outils du quotidien : messageries, outils collaboratifs, CRM ou applications métiers. Ce changement transforme la nature même de l’apprentissage.

Il ne s’agit plus d’aller chercher du contenu, mais de recevoir une information contextualisée au moment précis où elle devient utile.

La fin du catalogue comme unité centrale

Le deuxième basculement concerne les contenus.

Les LMS ont été conçus comme des catalogues : des ensembles de modules organisés par thématique, accessibles à la demande. Si cette logique permet de structurer l’information, elle ne garantit ni l’engagement, ni l’efficacité pédagogique.

L’intelligence artificielle introduit ici une rupture : celle de l’individualisation à grande échelle. Le contenu n’est plus simplement stocké et diffusé, il est activé en fonction du contexte, du rôle et du niveau de maîtrise de l’utilisateur.

Dans ce modèle, la valeur ne réside plus dans la quantité de contenus disponibles, mais dans la capacité à délivrer la bonne information, au bon moment.

De la formation à la performance

Ce déplacement technique s’accompagne d’un repositionnement stratégique plus profond.

La formation tend à devenir un levier direct de performance opérationnelle. Elle cesse d’être un temps distinct du travail pour s’inscrire dans une logique continue, intégrée à l’activité quotidienne.

Pour les DRH, cela implique une évolution du rôle. Il ne s’agit plus seulement de structurer une offre de formation, mais de concevoir un système capable de soutenir en permanence le développement des compétences.

Dans cette perspective, la learning stack devient une infrastructure, interconnectée avec les autres systèmes de l’entreprise.

Une stack à reconstruire, pas à optimiser

Face à ces évolutions, la tentation est forte d’ajouter des briques technologiques à l’existant. Cette approche incrémentale atteint rapidement ses limites.

L’enjeu n’est pas d’optimiser, mais de repenser l’architecture.

Trois questions structurantes se posent :

  • Où se situe la formation : dans une plateforme dédiée ou dans les outils du quotidien ?
  • Comment est-elle déclenchée : par l’initiative de l’utilisateur ou de manière contextuelle ?
  • Comment est-elle mesurée : par des taux de complétion ou par des indicateurs de performance ?

Ces arbitrages redéfinissent la fonction learning elle-même, en la rapprochant des usages réels.

L’IA, catalyseur plus que solution

L’intelligence artificielle joue un rôle central dans cette transformation, mais son apport est souvent mal interprété.

Elle ne se limite pas à accélérer la production de contenus. Elle permet surtout leur contextualisation, leur orchestration et leur activation. Autrement dit, elle transforme davantage la distribution que le contenu lui-même.

C’est ce qui explique les difficultés des acteurs historiques à intégrer pleinement ces évolutions. Leur architecture, conçue autour du catalogue, n’est pas pensée pour une activation en temps réel.

Un marché en recomposition accélérée

Le marché de la formation en entreprise entre dans une phase de recomposition rapide, tant par son ampleur que par la nature des transformations en cours.

À l’échelle mondiale, l’e-learning représente déjà un marché estimé à environ 320 milliards de dollars en 2025, avec une croissance annuelle proche de 14 %. Le segment des LMS, quant à lui, pourrait dépasser les 100 milliards de dollars d’ici 2034.

Derrière ces volumes, la structure concurrentielle évolue. D’un côté, les acteurs historiques comme Cornerstone, Docebo ou 360Learning cherchent à intégrer des briques d’intelligence artificielle sans remettre en cause leur architecture. De l’autre, une nouvelle génération d’acteurs — Sana Labs, eduMe, Spekit — déplace la formation dans le flux de travail.

L’émergence de solutions AI-native, capables de générer, personnaliser et activer les contenus en temps réel, accélère cette mutation. Entre consolidation des plateformes existantes et montée de nouveaux entrants, le secteur se fragmente autour d’une question centrale : la formation doit-elle rester un produit logiciel, ou devenir une infrastructure invisible au service de la performance ?

Blify, révélateur d’un changement de paradigme

C’est dans ce contexte que s’inscrit l’émergence de nouveaux acteurs, dont Blify.

Fondée en 2025 et basée à Boulogne-Billancourt, la société développe une approche intégrant la formation directement dans les outils de travail, en s’appuyant sur une infrastructure d’intelligence artificielle multi-agents. Elle propose ce qu’elle qualifie de « Learning Operating System », conçu pour délivrer en continu des contenus contextualisés au sein des activités quotidiennes.

Blify a été fondée par Clément Lhommeau (ancien de 360Learning), Tristan Vié (ancien de JobTeaser) et Minh-Tu Hua (ancien d’Alan). La startup a levé 1,8 million d’euros auprès d’AFI Ventures (fonds seed de Ventech), avec la participation de Kima Ventures.

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