Trois ans après la crise sanitaire, le voyage d’affaires n’a pas retrouvé sa trajectoire d’avant-Covid, il a changé de nature. Les déplacements professionnels se stabilisent, mais les usages évoluent nettement, les entreprises voyagent moins souvent, arbitrent davantage, et attendent désormais des solutions capables de couvrir l’ensemble de la chaîne, réservation, paiement, notes de frais, conformité et pilotage.
C’est ce constat que dresse Olivier Néret, directeur général France de Navan, invité de DECODE FUTURE OF WORK dans un échange centré sur la transformation silencieuse mais profonde du secteur.
La fin du voyage fragmenté
Le premier changement est structurel. Là où les entreprises empilaient historiquement plusieurs prestataires — agence de voyage, solution de notes de frais, cartes corporate, outils comptables — elles recherchent désormais une expérience intégrée, pensée à la fois pour le voyageur et pour les fonctions finance.
Navan se positionne précisément sur ce point, une agence de voyage nouvelle génération qui conserve des conseillers humains pour les cas complexes, tout en s’appuyant sur une application unique permettant de réserver ses déplacements, payer ses frais, automatiser la note de frais et consolider l’ensemble des données dans les systèmes de l’entreprise.
L’objectif n’est plus seulement de réserver un billet, mais de supprimer les frictions opérationnelles qui entourent le déplacement professionnel.
Expérience utilisateur : le voyageur redevient central
Le premier levier identifié est celui de l’expérience utilisateur. Chez Navan, celle-ci est pensée à deux niveaux, le voyageur d’un côté, l’administrateur de l’autre, souvent le DAF ou les équipes comptables.
Côté utilisateur final, la promesse est simple, permettre au collaborateur de gérer son voyage comme il gère un déplacement personnel, modification ou annulation directe dans l’application, sans appel à un conseiller, paiement centralisé via une carte Navan, suppression totale de la saisie manuelle des notes de frais, intégration automatique dans l’ERP avec les bons codes analytiques.
Dans un contexte où les agendas évoluent en permanence, cette capacité à modifier un voyage en quelques secondes devient un facteur clé d’adoption.
Des économies mesurables, directes et indirectes
Le deuxième pilier est économique. Sur les 150 clients environ accompagnés en France, Navan observe en moyenne 8 % d’économies sur l’achat de billetterie par rapport aux solutions précédentes, certains clients atteignant jusqu’à 15 % selon leur profil et leurs volumes.
À ces économies directes s’ajoutent des gains indirects souvent sous-estimés, le temps économisé sur la gestion administrative. Un client américain, Advance, a ainsi mesuré 80 heures de saisie manuelle de notes de frais évitées, simplement grâce à l’automatisation de la chaîne paiement-justificatif-ERP.
La consolidation joue également un rôle clé, une solution unique remplace trois prestataires, réduit la complexité contractuelle et simplifie le pilotage global.
Sécurité et duty of care, un enjeu redevenu central
Autre évolution notable, la montée en puissance des enjeux de sécurité. Les entreprises doivent être capables de localiser leurs voyageurs, de les assister, voire de les rapatrier en cas de crise.
Cette dimension de duty of care, longtemps traitée comme un sujet secondaire, revient au premier plan, notamment dans un contexte géopolitique et climatique plus instable. Navan intègre cette capacité de suivi en temps réel dans sa plateforme, offrant aux entreprises une visibilité immédiate sur les déplacements en cours.
RSE : arbitrer plutôt qu’interdire
La question environnementale s’impose également dans les politiques de voyage. Plutôt que d’imposer des restrictions rigides, Navan mise sur l’incitation intelligente.
Sur certaines liaisons, comme Paris-Londres, l’application propose automatiquement une alternative ferroviaire lorsqu’un voyageur sélectionne un vol, avec une information claire sur l’impact carbone. Le collaborateur conserve la décision finale, mais dispose d’un cadre l’aidant à arbitrer différemment.
Les entreprises accèdent par ailleurs à des dashboards détaillés leur permettant de mesurer leurs émissions, d’analyser les comportements d’achat et d’ajuster leurs politiques de déplacement.
Une intégration pensée pour les DAF et les SI
Côté systèmes d’information, la plateforme s’intègre en amont aux outils SIRH pour récupérer les profils voyageurs, et en aval aux ERP et outils comptables, en passant par les standards de sécurité et de single sign-on.
Le déploiement revendique une logique tech assumée, avec des délais moyens de mise en place de 3 à 4 semaines, loin des projets lourds historiquement associés aux outils de gestion du voyage.
Navan s’adresse ainsi aussi bien à des PME qu’à de grands groupes, dès lors que l’entreprise voyage a minima quelques fois par mois, généralement à partir d’une centaine de collaborateurs.
Un modèle économique aligné sur l’usage
Le modèle économique reflète cette logique d’alignement, aucun frais de licence, aucun coût d’implémentation, la rémunération de Navan repose exclusivement sur l’usage, via quelques euros facturés par transaction.
L’entreprise ne gagne de l’argent que si la solution est utilisée, un positionnement qui lie directement la performance du produit à la satisfaction client.
L’IA comme levier d’assistance, pas de substitution
Sur le volet intelligence artificielle, Navan a intégré dès 2023 un agent virtuel baptisé Ava, capable d’assister aussi bien les voyageurs que les administrateurs.
Ava analyse les habitudes, les préférences, les contraintes géographiques et les programmes de fidélité pour proposer des recommandations personnalisées, répondre instantanément aux demandes courantes et générer des rapports dynamiques d’économies ou de scénarios d’optimisation.
L’IA ne remplace toutefois pas les conseillers humains, les demandes à forte valeur ajoutée continuent d’être traitées par les équipes support, dans une logique d’augmentation plutôt que de substitution.
Une trajectoire financière solide
Sur le plan corporate, Navan est née en 2015 sous le nom TripActions, fondée par Ariel Cohen et Leland Twigg, à partir d’une frustration vécue lors d’un déplacement professionnel.
La société a depuis réalisé plus de cinq acquisitions, est présente aux États-Unis et dans plusieurs pays européens, et a levé 2 milliards de dollars, pour une valorisation annoncée à 9 milliards de dollars, positionnant l’entreprise parmi les acteurs les plus solides du secteur.
Vers un voyage d’affaires plus rare, mais mieux piloté
En filigrane, l’échange met en lumière une transformation plus large du business travel, moins de déplacements systématiques, plus d’arbitrage, plus de contrôle, mais aussi plus d’exigence en matière d’expérience utilisateur.
Le voyage d’affaires ne disparaît pas, il devient plus stratégique, plus intégré, et plus mesurable, à l’image des outils qui l’accompagnent désormais.